Dans ce texte, Élisée Reclus célèbre le mouvement perpétuel de l’eau, symbole de vie et d’action. Il décrit avec poésie la capacité de l’eau à sculpter le paysage au fil du temps, à travers son flux continu et son pouvoir érosif.

Texte en français : L'eau courante

Texte : L’eau courante

Sur la terre, l’eau symbolise par excellence le mouvement: elle coule et coule toujours, sans répit, sans fatigue; les siècles ne parviennent pas à dessécher le mince filet d’eau qui s’échappe des fissures du rocher, ni à étouffer son doux et clair murmure. Joyeux, il bondit de cascatelle en cascatelle, se mêle au torrent impétueux, puis au fleuve calme et puissant, pour se perdre enfin dans la mer immense et mystérieuse. Qui dit mouvement dit action: il ne suffit pas à l’eau de descendre dans un lit tout creusé, elle ronge, elle mine, elle entraîne, elle soulève incessamment les terres ou les rochers qui la contiennent ou qui s’opposent à son cours; caillou à caillou, grain de sable à grain de sable, elle porte les montagnes dans la mer; elle n’est pas seulement, comme dit Pascal, un chemin qui marche, elle est aussi une masse continentale en voyage, qui, dans les siècles d’hier, était couverte de la neige éternelle des hautes cimes, et qui demain se fixera sur les bords de la mer pour augmenter le domaine de l’homme.

E. RECLUS


À travers cette ode à l’eau courante, Reclus nous rappelle la puissance et la vitalité de ce précieux élément de la nature. Son mouvement incessant, de la source à la mer, façonne les paysages et enrichit les terres, témoignant de la force et de la constance de la nature dans son œuvre perpétuelle de transformation.